Crédit d'intention et procès d'intention : deux notions très simples mais clés dans la relation à l'autre.

On parle de crédit d'intention quand, ne connaissant pas les intentions de l'autre, on les imagine bonnes, positives.

On parle de procès d'intention quand au contraire, ne connaissant pas les intentions de l'autre, on les imagine mauvaises, fausses ou malignes.

Dans La folie des grandeurs (G. Oury – 1971), Salustre (Louis de Funes) illustre bien le procès d'intention, la méfiance et le complot, tandis que Blaze (Yves Montand) représente le crédit d'intention.

 

Les deux notions sont capitales parce qu'elles conditionnent en grande partie le rapport à l'autre : le procès d'intention induit la méfiance et freine la collaboration. Le crédit d'intention induit la confiance et favorise la collaboration.

Nous faisons systématiquement le pari du crédit d'intention. Ce n'est pas de la naïveté mais du pragmatisme : en agissant ainsi, nous sommes parfois déçus mais nous avons beaucoup plus souvent des succès et de bonnes surprises parce qu'ainsi nous tirons le meilleur de chacun, quel qu'il soit.

Cette posture est indispensable à celui qui veut mettre en place une stratégie des alliés parce que celle-ci repose sur la certitude que plus de gens utiliseront votre confiance pour vous que contre vous. 

Un exemple très significatif dans les relations avec les instances représentatives du personnels (IRP) :

« Je pense que la direction cherche à m'avoir et je me méfie a priori de ce qu'elle propose » Procès d'intention des élus.

« Je pense que les élus sont mal intentionnés et voudront toujours plus, alors je minimise mon offre pour pouvoir négocier ensuite » Procès d'intention de la direction.

→ Ces attitudes, qui se combinent généralement, sont le terreau des dialogues de sourds en CE et ailleurs. 

 

« Je pense que la direction veut faire progresser l'entreprise et je serai vigilant avec elle pour que cela se fasse en mettant les salariés dans les meilleurs conditions » Crédit d'intention des élus.

« Je pense que les élus sont des partenaires qui veulent m'aider à garder les salariés motivés en anticipant les problèmes qu'ils ont sur le terrain » crédit d'intention de la direction.

→ Ces attitudes, qui se combinent généralement, sont le terreau des dialogues constructifs en CE et ailleurs. Dans ces cas, le dialogue social est une force pour l'entreprise qui progresse en maintenant ses salariés motivés.

 

Le crédit d'intention est donc une posture que l'on prend, mais aussi une posture que l'on provoque (par exemple en rappelant souvent la vision globale pour mettre en perspective les décisions prises). C'est enfin un indicateur fiable pour jauger le climat humain d'une équipe. D'ailleurs, une équipe en crise est souvent une équipe où le procès d'intention domine.


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Vos témoignages


    • François
    • le 10 Mai 2021 à 17h51

    Court mais très révélateur ! Je prône le crédit d’intention depuis longtemps, le collaboratif mais avec de la critique constructive, du pragmatisme et de la modération en toute chose... mais je me heurte encore souvent à des procès d’intention de la part de mes coéquipiers VS d’autres coéquipiers ou d’autres OS ou des Directions (oui je suis élu/mandaté, l’exemple me parle tout à fait :p)… comment faire ouvrir les yeux aux autres sur les bienfaits et les méfaits de la communication (on peut s’appuyer par ex sur les 3 tamis de Socrate, ca peut aider mais ca ne fait pas tout) ?

      • François L.
      • Accenture
      • Chef de projet / représentant du personnel
      • le 10 Mai 2021 à 18h23

      OS = Organisations Syndicales (pas sur que ca parlait à tout le monde)

      et par ailleurs, je me corrige : collaboratif avec tout ce que j’ai dit (il n’y a pas de “mais”, ce ne sont pas des choses qui s’opposent mais se complètent)

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