Vous avez dans votre équipe des éléments moteurs, qui prennent des initiatives et sont capables d'apporter des compléments à vos projets. Au sens de la sociodynamique, ce sont des alliés ; dans votre aventure, les chevaliers et bientôt les héros. Bref, aussi indispensables que fragiles, c'est la population à choyer… 

 

Si vous lisez cet article, c'est que, comme nous, vous constatez que les alliés ne sont pas si simples à animer :

- On ne veut pas se louper.

- On voit bien que les félicitations minutes sont un peu limitées avec eux.

- Leur individualisme est parfois gênant, ils n'en font parfois qu'à leur tête.

- Et puis les alliés ressemblent souvent à des opposants

 

Petit rappel : c'est quoi un allié ?

 

 

Un allié, ce n'est pas un affilié, un lieutenant. Un allié, c'est un acteur qui a décidé de participer à votre projet. Soit parce que c'est bon pour lui (+3) soit parce qu'il a fait de votre projet le sien.

Autrement dit, un allié n'est en aucun cas un privilège. D'ailleurs ce n'est pas vous qui distribuez les bons et mauvais points, les alliés ont leurs raisons et ils viennent à vous. C'est pour ça qu'ils ne sont pas si faciles à manager : par définition, un allié n'est pas suiveur et souvent n'est pas docile. 

 

Il y a donc 1000 techniques pour animer et récompenser les alliés parce qu'il y a 1000 alliés différents. Voyons toutefois quelques grands principes pour éviter les erreurs et pour entretenir l'alliance :

 

  1. Un allié a plein de défauts…tant mieux !

D'abord, puisque vos alliés ne sont pas dociles, ils ne vous ressemblent pas non plus. 

La première des erreurs à ne pas commettre est de vouloir les formater  et donc la première des bonnes pratiques est de chercher à utiliser, au sens noble, leurs qualités, capacités et goûts.

Cela ne veut pas dire que les alliés ne peuvent faire que ce qui leur plait, mais il faut chercher à ce qu'ils sentent que l'on se fient à eux.

En creux, cela signifie aussi que vos alliés sont parfois très imparfaits avec de grandes faiblesses mais c'est aussi en les surmontant qu'ils progresseront et feront progresser votre équipe.

 

==> Bref, concrètement, vous devez manager vos alliés de manière personnalisée en leur permettant d'utiliser leurs forces et faire en sorte qu'ils se sentent progresser en surmontant leurs faiblesses.

Autrement dit, cela prend du temps, mais au regard des bénéfices à en attendre, c'est le meilleur investissement possible.  

Dans le fameux Magicien d'Oz (Victor Fleming, 1939), Dorothy Gale ne choisit pas ses alliés mais tâche de les faire agir en fonction de ce qu'ils sont : à la fin, c'est en surmontant leurs peur que l'alliance se scellera et que le magicien d'Oz donnera ce qui est recherché.

 

  1. Etre allié doit être difficile

On nous oppose souvent l'objection suivante à la stratégie des alliés : n'est-ce pas du favoritisme ? Comment ne pas générer de jalousie ?

C'est simple, un allié n'a aucun privilège, et ne constitue pas l'homme de confiance !

Etre allié demande un effort parce qu'on n'est pas allié du porteur mais du projet et que la rémunération de l'allié est essentiellement le fait de progresser, la fierté de vaincre, le sentiment d'appartenir à ceux qui font avancer le schmilblick.

Avec cette philosophie, le procès en favoritisme tournera à votre avantage :

- “Untel est favorisé, tu ne le traites pas comme moi. Il fait des choses intéressantes et pas moi !”

- “Pas de problèmes, si tu veux des choses à faire du même style, j'en ai plein mon tiroir !”

 

Dans Hacker (Michael Mann, 2015), Hathaway est l'allié du FBI, mais ce n'est ni sans risque, ni facile. 

 

La co-construction est le mode managérial avec un allié… C'est donc difficile.

 

  1. La principale récompense c'est le voyage du héros

Evidemment, vos félicitations, publiques si possible, sont utiles et peuvent récompenser les efforts et/ou exploits de vos alliés. Mais ne vous y trompez pas, ce n'est pas l'essentiel !

La principale récompense que vous allez apporter à vos alliés est celle de leur faire réussir des choses dont ils ne s'estimaient pas capables à priori et dont ils seront fiers.

Posez vous la question : “ qu'a fait mon allié qu'il pourra raconter à ses enfants, ses amis, sa femme ou son mari ? “ Nous passons environ 30% de notre semaine à travailler, et ce temps doit contribuer au bien être des collaborateurs. Comme vous ne pouvez pas faire leur fierté sans leur consentement, c'est sur les alliés que vous vous concentrerez. Avec l'idée que ce n'est pas vous qui désignez les alliés, mais eux mêmes.

Pour bien comprendre le voyage du héros, choisissez un teen movie caricatural : Divergente (Neil Burger, 2014). Béatrice se découvre dans le film de façon totalement explicite, c'est le sujet du film, sans aucun subtilité, donc très accessible !

 

Ensuite, n'oubliez pas la clé du voyage du héros : certes, il faut vaincre une difficulté nouvelle, mais aussi/surtout il faut la partager. Comme vous ne pouvez pas être sûrs qu'ils en parleront chez eux, créez des moments pour raconter les victoires, publiques et régulières.

La fonction du banquet d'Asterix (Goscinny et Uderzo, créé en 1959), c'est de partager la victoire avec tout le village, alors qu'elle n'a en général été obtenue que par très peu de villageois.

 

  1. Vos alliés sont aussi alliés entre eux

Avec les alliés, ne vous sentez pas responsable de tout : ils ont fait un choix d'adulte. Que ce soit un calcul (+3 de la sociodynamique) ou une conviction profonde (+4 de la sociodynamique), c'est un choix.

Bref, les alliés n'étant pas vos pions, ils s'animent en partie tout seul. 

Si vous voulez accélérer cette animation sans vous, on va évidemment chercher à constituer la communauté (ouverte évidemment, pas une confrérie) des alliés pour qu'ils se reconnaissent comme des personnes qui ont fait le même choix. Et là, tout est bon : 

- Organiser une visite ensemble.

- Leur faire préparer un moment spécifique.

- Communiquer les bonnes idées et actions des uns aux autres.

- ...

Bref, faire vivre le collectif, notamment et surtout en informel et non récurrent.

A priori très différents, et avec des caractères qui ne se coordonnent pas, les héros du X Men n°1 (Brian Singer, 2000) finissent par être alliés les uns des autres parce qu'ils poursuivent la même vision de la place des mutants parmi les hommes.

 

  1. Ne confondez pas héros et alliés

Enfin, ne confondez pas. Etre allié est une énergie, pas une compétence.

On peut donc être allié, sans être compétent, ou héros très compétent sans être allié.

Lancelot (Kamelot, Alexandre Astier, depuis 2005), est indéniablement un héros, tant ses exploits sont nombreux. Mais très vite, il n'est plus un allié d'Arthur parce que leurs projets divergent.

 

Quant à lui, Perceval (Kamelot, Alexandre Astier, depuis 2005), est clairement incompétent et peut difficilement être qualifié de héros tant ses victoires sont rares. Mais il est incontestablement allié du projet Arthur.

Evidemment, les 2 cas sont extrêmes et nous préférons souvent avoir un peu plus de compétences, et peut-être moins d'alliance. 

Pour autant, il est clair que le manager doit bien faire la différence entre la motivation (être allié ou non) et la compétence et adapter son management à ça. (cf carte Motivation / Compétence )


Page lue 1129 fois

Vos témoignages


Aucun témoignage n'a été posté à l'heure actuelle.

Retour en haut de page