Le jeu de Go fait partie des stratégies managériales. Vous pouvez en avoir besoin pour organiser votre plan de bataille pour les mois à venir ou pour analyser une situation bloquée.

Comme manager nécessite des choix en permanence, souvent petits et parfois gros, il est indispensable d'avoir une logique, une ligne de conduite. Pour l'acquérir, à moins d'avoir des intuitions très au dessus de la moyenne, il est utile d'avoir des grilles de lecture. Le jeu de Go en est une.

C'est même une de nos préférées (avec la Sociodynamique et la stratégie de l'aventure) parce qu'elle est simple à comprendre et qu'étant inspirée de philosophies asiatiques, elle donne immédiatement un regard différent sur les choses.

 

Le jeu de Go, qu'est-ce que c'est ?

 

Sans faire un cours complet, d'ailleurs pas indispensable, il faut retenir les points suivants sur le jeu :

  • C'est un jeu de plateau à deux joueurs, né en Asie (Japon, Corée, Chine) et à 100% stratégique puisque le hasard n'y a aucune place.
  • Il est plus qu'un jeu en Asie, puisqu'il a guidé les philosophes depuis des millénaires et a imprégné la culture des trois pays qui y jouent le plus.
  • Sous tous ces aspects-là, il est donc le pendant parfait de nos échecs. Ensuite, tout diffère.
  • Le jeu de Go se joue sur un grand plateau vide (Goban) que l'on remplit de pièces appelées pierres. C'est donc un jeu de construction, alors que les échecs détruisent un plateau ordonné au début de la partie.
  • Ensuite, gagner au Go ne signifie pas exterminer. Les joueurs construisent des territoires certes concurrents, mais aucun ne doit éliminer l'autre. D'ailleurs le Go prévoit des handicaps pour maintenir l'équilibre des forces si les deux joueurs ont des niveaux très différents.
  • Enfin, au jeu de Go, toutes les pièces se valent, contrairement aux échecs où elles ont une valeur et des droits différents.

 

En quoi est-ce intéressant pour le management ?

Dans les 2 cas, nous parlons de stratégie : au Go, il faut avoir une stratégie pour ne pas gaspiller des coups et jouer toujours ce qui est le plus efficace entre énormément de possibilités de départ. Dans le management, il faut avoir une stratégie pour ne pas gaspiller de temps et d'énergie et réaliser toujours l'acte le plus efficace entre énormément de possibilités.

Le Go prône moins l'anticipation (comme aux échecs) que le projet. En effet, les possibilités sont tellement nombreuses qu'il est impossible de prévoir ne serait-ce que deux coups à l'avance. La question est donc de savoir où l'on va et de réagir aux aléas. En management également, l'anticipation des réactions des gens est utile mais souvent fausse tant les possibilités sont nombreuses, et irrationnelles dans bien des cas. Il est donc utile d'avoir une stratégie de long terme et adaptative, très pragmatique. C'est le cas du Go.

 

Que nous apprend le Go ?

Mille choses en vérité. C'est une analogie très profonde que vous pouvez vous amuser à creuser indéfiniment. D'ailleurs, des livres comme L'art de la guerre de Sun Tzu est une étude très poussée du Go, appliquée à la guerre.

Dans le film Les 3 Royaumes (John Woo – 2008), le stratège (ici à droite) nous montre ce qu'est un esprit jeu de Go.

 

Pour démarrer, nous en avons retenu trois qui nous semblent particulièrement utiles pour des Européens comme nous.

 

Co-exister

La pratique du jeu montre que le joueur concentré sur son adversaire perd contre celui qui reste focalisé sur sa propre stratégie car le second (qui agit) est toujours en avance sur le premier (qui réagit). 

En management, cela ne signifie pas qu'il faille ignorer l'environnement mais plutôt chercher à faire avec lui : il faut l'accepter et construire avec lui plutôt que de vouloir le contrarier. C'est la puissance de l'extension par rapport à la contention.

Concrètement, le manager joueur de Go intègre les imprévus au fur et à mesure. Il n'est jamais fataliste et fait avec.

Il ne fonde jamais son projet sur ses opposants où ceux qui le contredisent, mais sur ses propres forces, les alliés. Ce sont les principes de la stratégie des alliés. D'ailleurs, la carte des partenaires est un bon outil pour piloter une stratégie de type jeu de Go.

La co-existence est une qualité que vous pouvez travailler avec le théâtre d'improvisation qui repose sur ce principe.

​Les comédiens jouant le spectacle d‘improvisation Casino doivent faire avec les idées des autres qu'ils découvrent en direct pour que le spectacle ait du sens et de l'intérêt pour ses spectateurs.

 

Avoir un dessein

C'est la conséquence logique du premier. Si vous vous concentrez sur vous, il est indispensable d'avoir un plan. En Go, on parle de dessein. C'est une idée de l'espace que vous voulez conquérir et que vous allez garder tout au long de la partie.

En management, on cherchera à avoir une ambition, au-delà des objectifs, qui guide notre action au quotidien. C'est le « Think Different » de Steve Jobs. 

Concrètement, cela veut dire que le manager doit poursuivre une idée importante qui lui permette de décider rapidement et de gagner du temps.

Exemple : un manager veut faire monter en puissance la maîtrise technique de son équipe, il décide donc de se concentrer sur les personnes motivées et peu compétentes pour accélérer avec elles le processus de formation. 

Chez Decathlon, tout le management est motivé par l'idée de rendre le sport désirable et accessible à tous, même s'il faut accepter un turnover fort pour avoir toujours des équipes motivées et dynamiques.

 

Connecter

Enfin, le jeu de Go ne nous apprend pas seulement à regarder loin, mais aussi à piloter très serré. En effet, l'efficacité d'un coup dépend moins de lui-même que de son lien avec les coups précédents et suivants.

En management, c'est la même chose. Beaucoup de gaspillages proviennent d'actes managériaux faits comme des coups isolés et pas ou peu connectés entre eux. Autrement dit, quitte à ne faire que trois actes managériaux dans la semaine, mieux vaut qu'ils soient concentrés et reliés entre eux que dispersés. C'est aussi une façon de faire évoluer son organisation personnelle ou collective : renforcer les activités et rituels contributeurs au dessein et diminuer les autres (voir matrice ODAR).

Dans les palaces, le plus impressionnant est la connexion entre mille détails pour faciliter et rendre plus agréable le séjour. La perfection, c'est connecter chaque micro action entre elles et au même but.


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